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05/09/2008

Pollueur, payeur

Pollueur, payeur... et nous la payons cette taxe pour pollution diffuse sur chaque produit phytosanitaire susceptible d'entrainer des dommages pour l'environnement. Elle a certainement le mérite d'attirer l'attention de ceux qui ne seraient pas encore conscients de leurs responsabilités sur la toxicité de certains de nos moyens de traitement. Mais faut-il ajouter une culpabilité supplémentaire à une liste déjà bien longue. Nous, vignerons, serions responsables des dommages liés à la consommation d'alcool excessive et rejetterions dans l'atmosphère des quantités considérables de gaz à effet de serre par un usage immodéré des engins agricoles ou simplement par la production de gaz carbonique lors de la fermentation de nos vins.

Si de nombreux produits utilisés en viticulture sont toxiques pour l'environnement, ils le sont aussi au premier chef pour ceux qui traitent les vignes et qui n'ont pas toujours conscience du danger qui les menace. Ne considérons pas que le port de gants, d'une combinaison étanche ou de masque à gaz soit une réponse définitive. Bien sûr il faut dire au consommateur que celui qui manipule un litre d'une solution concentrée qui sera finalement répandue sur un hectare de vigne court un risque beaucoup plus grand que le consommateur final du vin que cette vigne produira. Il n'en est pour preuve que l'incidence alarmante de cancers atypiques ou d'atteintes génétiques chez les agriculteurs et leurs enfants pour être vigilants et refuser de tomber dans la facilité du tout chimique. La profession en prend maintenant conscience mais est-il si facile de changer des habitudes qui ont eu pendant quelques décennies un impact économique positif?

Je prendrai deux exemples, celui des herbicides et celui des traitements d'hiver contre les maladies dégénératives. L'industrie chimique a produit des désherbants extrêmement efficaces et peu couteux (diuron, glyphosate). Le diuron est maintenant interdit en France à cause de sa rémanence importante dans les sols et de problèmes de toxicité liés à ses produits de dégradation. Le glyphosate est désormais l'herbicide le plus utilisé en France. Son mode d'action a pu laisser penser qu'il n'était pas toxique pour les animaux, mais on ne sait rien de l'effet de ses produits de dégradation. Cependant, ce ne sont pas les agriculteurs les principaux utilisateurs de ce produit mais les jardiniers. Il s'agit en effet d'un désherbant total bien utile pour se débarrasser de quelques mauvaises herbes qu'il suffirait d'arracher dans une allée de jardin.

Il existe une multitude d'autres désherbants homologués pour la vigne -près de 190 spécialités, rangées essentiellement en deux catégories suivant qu'elles agissent avant ou après la germination de la plante à éliminer. Que font les vignerons en face de cette avalanche? Ils minimisent l'utilisation de ces substances, tout d'abord, il faut le dire, pour des raisons économiques et non écologiques. Avec l'augmentation des écartements, les inter-rang (surtout dans nos régions) sont devenus très vastes. L'herbe qui y pousse n'entre qu'à certaines conditions en compétition avec la vigne. Bien au contraire, elle contribue à l'aération des sols et au maintien de leur portabilité lors du passage des engins. Alors on ne désherbe plus que sur le rang. A la condition de bien sélectionner l'enherbement, de l'éliminer par des moyens mécaniques dès qu'il entre en compétition avec la vigne, on peut réduire significativement l'usage des désherbants.

Pour ce qui est de l'autre exemple, les traitements d'hivers, point de salut. La seule substance active, l'arsénite de sodium, est désormais interdite. C'est tant mieux car elle était extrêmement toxique pour l'homme et les animaux. Mais sans elle, chaque année apporte son contingent de pieds à arracher et à remplacer. Quelques pourcents suffisent à détruire une vigne en quelques années. Bien sûr on peut enrayer la disparition de la parcelle en remplaçant les manquants mais à ce rythme dans quelques années, on ne trouvera plus de ces vieilles vignes à petits rendements qui produisaient les meilleurs vins.

Où chercher les raisons de cette spirale des maladies que l'on combat à l'aide de produits de plus en plus diversifiés? Nous avons échappé au mildiou et à l'oïdium par le soufre et le cuivre, au phylloxéra par la greffe, mais dans le même temps, nous avons gravement endommagé l'équilibre de la faune en détruisant les prédateurs des ravageurs de la vigne (je pense au difficile équilibre des acariens par exemple). La pratique du clonage qui fait qu'une vigne est constituée désormais d'individus tous identiques, la fragilité de la greffe, le tassement des sols rendent les vignes sensibles à la moindre attaque et le recours aux produits de défense inéluctable. Revenons à des pratiques plus saines, plantons des haies où des oiseaux et des insectes utiles pourront à nouveau se développer, généralisons le travail mécanique, observons nos vignes pour déterminer le meilleur temps de traitement, recherchons des marqueurs fiables qui révèlent correctement les effets à long terme de nos pratiques sur l'environnement et même si le chemin de la raison est long, nous serons alors sur la bonne voie.

09:15 Publié dans La vigne | Lien permanent | Commentaires (0)